Votre compte

בס"ד

Accueil > Cours écrits > Rav Nissim Karlits zatsal
Envoyez à un ami

Envoyer cette page à un ami

X

Rav Nissim Karlits zatsal

Mardi 19 novembre 2019
Catégories : Hespédim de Rabbanim

«Grand de la génération », « Décisionnaire de la génération »…. Ces qualificatifs, Rav Yossef Chmariaou Nissim Karelits (ou Reb Nissim)les a obtenus par le seul mérite de sa droiture etde son génie, de ses qualités humaines et de son exceptionnel investissement dans l’Etude de la Torah.


Issu d’une famille au nom prestigieux apparentée au ‘HazonIch,Reb Nissim grandit et évolue, en Russie d’abord, en Erets Israel ensuite, dans une simplicité matérielle qu’on pourrait qualifier de pauvreté. Comme tous les Maîtres dignes de ce nom, il avait, par rapport aux besoins matériels, un souverain détachement qui est la forme suprême de la liberté. Nul, par exemple, ne se souvient l’avoir jamais vu manger une douceur, gâteau ou autre dessert, au motif que, très jeune, il s’était promis de ne jamais le faire. Mais il sut faire exception à cette règle, une fois, pour permettre l’accomplissement, par un autre, d’une Mitsva…


Le nom de Reb Nissim Karelits est souvent associé au Beth Din qu’il a fondé, habilité, entre autres, à trancher dans les affaires pécuniaires. Ce Beth Din, devenu un modèle, en a inspiré plusieurs autres. Il faut préciser qu’avant cette initiative, la plupart des litiges survenant au sein du monde juif religieux finissaient par se solder, faute d’alternative, devant les tribunaux civils. Reb Nissim et son Beth Din ont permis de mettre un terme à cette situation. Il aura fallu pour cela non seulement un Rav à l’érudition et à la probité incontestables, mais encore d’une compétence reconnue en matière économique, financière ou bancaire. Comment acquit-il cette compétence dans son Kollel de Bneï Brak, où il passait ses jours ? Nous parlions en introduction de son génie…

 

On en trouvera une présomption supplémentaire dans l’énumération des nombreuses fonctions qu’il occupa, dont chacune nécessite des compétences bien distinctes : Directeur du prestigieux Kollel ‘Hazon Ich, Rabbin d’un grand quartier de Bneï Brak, Moré Horaah, Dayan… L’un de ses plus proches élèves témoigne de sa capacité à « gérer le temps », capacité indispensable pour pouvoir faire face à tant de responsabilités. Des questions aux graves implications lui étaient continuellement soumises, concernant les hôpitaux, le respect du Chabat à l’échelle nationale, des litiges mettant en cause des institutions, des problèmes politiques, même, liés à la municipalité de Bneï Brak…. Et pourtant, il y avait encore du temps pour aider et réconforter ceux qui en ont le plus besoin, veuves ou orphelins, malades et pauvres, et même personnes à problèmes psychiques comme cet homme qui, rejeté par sa famille, fut hébergé plus de deux semaines chez les Karelits…


On s’étonne moins de cette exceptionnelle maîtrise lorsque l’on sait, par son propre aveu, qu’il apprit de son oncle, le ‘Hazon Ich, cette lucidité, cette faculté de « voir » de façon ordonnée, rapide et précise. Qualités intellectuelles et traits de caractère que l’on retrouve, appliqués au domaine de l’Etude, dans les ouvrages qu’il fit paraître ces dernières années. En peu de mots, ses analyses partent du texte même de la Guemara et des commentaires des grands Maîtres pour en extraire l’idée maîtresse, celle qui permettra de répondre aux multiples questions pratiques qui seront posées.

 

Le Rav Eliachiv dit un jour : « Reb Nissim est le seul de la génération qui puisse user de son seul raisonnement pour décider d’une Halakha ».
Doté des qualités que nous avons évoquées, celles qui caractérisent les grands Maîtres, Reb Nissim  faisait par ailleurs un usage très mesuré de la parole.  Ce « fond » de silence donnait alors à ses mots, lorsqu’ils étaient exprimés, concis et circonstanciés, un relief et une force hautement respectés. En cela, il restait fidèle à la tradition familiale et en particulier à son oncle le ‘Hazon Ich, qui admettait, avec un peu d’humour, que chez les Karelits la réduction de la parole à son strict minimum était un « défaut de famille ».


Nous avons parlé de liberté. Reb Nissim n’était pas plus prisonnier de son inclination au silence que de son indifférence aux biens de ce monde. Il savait aussi parler abondamment, quand il fallait s’adapter à un interlocuteur volubile ou intimidé par son mutisme, le souci de mettre à l’aise l’autre, quel qu’il soit, justifiant (mais le moins souvent possible), cette entorse au silence. Et lors des séances au Beth Din, quand un plaignant devait être sermonné d’importance, les murs tremblaient, si l’on en croit les témoignages. Exceptions à la règle justifiées par la Mitsva, ou le Dere’h Erets, toujours.


Maîtrise de la parole, maîtrise du geste, aussi. Action, réaction : chacun de ses actes était « pesé ». Expression de sa hauteur morale bien entendu, dont la maîtrise en toute chose est la première manifestation, mais également pour porter un enseignement, comme on le voit dans l’anecdote suivante, rapportée par un de ses petit-fils : un jour de Pourim, chez son grand-père Reb Nissim, on frappe, un livreur apporte, de la part du Premier Ministre, un somptueux Michloah Manot, accompagné d’une lettre personnelle à l’attention du Rav. Celui-ci se contente de poser l’enveloppe devant lui, d’autres Michloh’é Manot arrivent, on chante, c’est Pourim. Bien plus tard, le Rav reprend la lettre, cette fois pour la lire. Maîtrise, liberté, par rapport aux biens de ce monde comme aux grands de ce monde.  
Esprit lucide et organisé, maître de son temps, de sa parole et de ses gestes, assumant de nombreuses responsabilités, mais aussi, comme on l’a dit, disponible pour qui en avait besoin ; car à ses différentes vertus intellectuelles il faut ajouter celle d’un subtil psychologue. Il s’occupa de nombreux cas psychologiques ou sociaux, mais il réussit surtout, par son écoute, sa compréhension et le choix de ses mots, à résoudre de nombreux problèmes de couple.

 

Des problèmes, il y en avait que seul Reb Nissim pouvait résoudre, car sa haute stature morale et sa bienveillance inspiraient confiance. Un exemple caractéristique est l’histoire de ce mari refusant le Guet à son épouse, et qui séjournait depuis un certain temps en prison. Il fut conduit, en ultime recours, encadré par deux policiers, devant le Beth Din de Reb Nissim, auprès de qui il s’assit. Le Rav le regarda avec une sincère compassion puis lui demanda simplement : « Veux-tu donner le guet à ta femme ? »Cette fois, le mari répondit oui.

 


Reb Nissim  éleva la fonction de Dayan à un haut niveau moral : désintéressement sans faille, savoir encyclopédique, grande lucidité, intuition aiguë, soit les caractères déjà évoqués. A quoi il faut maintenant ajouter la patience, celle qu’il savait déployer pour écouter longuement les parties en conflit, y compris lorsque, connaissant déjà l’issue du litige, il voulait donner aux uns et aux autres le sentiment d’ « avoir été compris ». Par tout cela, le Dayan et son Beth Din sont devenus une référence.

 

Une scène illustre particulièrement cette convergence de qualités morales : un vendredi soir surgit chez Reb Nissim, au cours du repas de Chabat, une femme venue faire part de son mécontentement au sujet du jugement, défavorable pour elle, rendu par le Rav au Beth Din. Le Rav reste un temps silencieux, comme indifférent à l’incident. Puis il se lève et dit: « Je ne suis pas disposé à écouter quoi que ce soit avant que vous n’ayez pris part à la Séouda de Chabat. »Conduite par la Rabanit, la femme procède au Nétilat Yadaim, puis elle participe au repas, remercie la famille et prend congé. Toutes les facultés intellectuelles et psychologiques de Reb Nissim sont là, en condensé.

 

Reb Nissim savait donner des réponses courtes à des questions complexes. A un élève qui lui demandait conseil sur un problème de Chelom Bayit, il répondit simplement : « il y a une Mitsva d’aimer chaque personne d’Israel. C’est une Mitsva particulièrement difficile. Mais il faut commencer par sa femme. Et ensuite, l’étendre aux autres. » A ceux qui le questionnaient sur différentes façons, parfois originales, d’améliorer leurs revenus, il répondait : « ce n’est pas le genre d’efforts voulu par Hakadoch baroukh Hou… ».

 

Un domaine difficile dans lequel Reb Nissim fut particulièrement actif est celui des conversions. Domaine dans lequel il fit, à certains égards, œuvre de précurseur. Tout en rejetant le moindre compromis avec la Halakha, il se démarqua d’une certaine retenue de l’orthodoxie en cette affaire - retenue liée entre autres à l’histoire de l’antijudaïsme chrétien sanctionnant les conversions.

 

Pour Reb Nissim,il était pourtant nécessaire qu’il y eût un Beth Din susceptible de traiter les candidatures selon les conditions et exigences de la Torah, c’est-à-dire en accueillant les demandeurs avec enthousiasme, en leur épargnant de dissuasives démarches administratives, et bien sûr en s’assurant sérieusement de leur volonté réelle et sincère de respecter les Mitsvot. Après avoir converti des centaines de personnes, c’est encore avec une grande émotion, qu’il avait du mal à dissimuler, qu’il concluait une nouvelle entrée dans l’Alliance, quels qu’aient été l’origine et le parcours de l’impétrant.

Lorsque Reb Nissim fut atteint par la maladie et très affaibli, il ne lui fut plus possible de recevoir toutes les personnes qui le sollicitaient. Il demanda à ce que l’on n’introduise que les personnes qui avaient des questions, et non celles venues pour une bénédiction. « Mais les bénédictions ne réclament-elles pas moins d’efforts ? » lui fit remarquer son entourage. Réponse du Rav : « les bénédictions convoquent le cœur, les questions nécessitent concentration et sagesse. »

 

Sagesse (‘Ho’hma) : le mot n’a pas été employé,dans cette courte évocation. Sans doute se réservait-il pour la conclure, résumant ainsi, mieux que tout autre,la vie et l’action de Rav Yossef Chmariaou Nissim Karelits.

 

Rédigé par le Rav Chmouel Olivier chlita.

L'étude d'aujourd'hui est dédiée à la réfoua chélema de Rav Avraham ben Rivka